- › 2010-07-20 | Laurent FAJNKUCHEN
- ENTRETIEN AVEC SéBASTIEN BURLET, PDG DE LA START-UP LEMON WAY
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« Nous avons déposé une demande d’agrément pour devenir Etablissement de Paiement »
Le Courrier de la Monétique : Lemon Way est à la fois positionnée sur des solutions de banque mobile et sur des solutions de paiement mobile. Comment caractérisez-vous ces deux marchés ?
Sébastien Burlet : Le téléphone mobile est en train de révolutionner le secteur de la
monétique. Cela aboutit à une problématique de positionnement et d’identification de niches. L’industrie du paiement traditionnel, qui englobe les grandes banques, traite de très gros volumes de transactions. Dans cette optique, ce segment du secteur est concerné par le déploiement de la norme NFC. Mais cela prend du temps.
COM : Comment l’expliquez-vous ?
S.B. : En Europe, plus particulièrement dans des pays comme la France, la carte est devenue un instrument de paiement privilégié par les consommateurs. Pourquoi donc la remplacer ? Elle fait vivre une industrie qui fonctionne et qui est sécurisée. Par contre, comme je l’indiquais précédemment, il y a d’autres pistes à explorer. Il faut se souvenir que, de manière globale, de nombreux commerçants en France n’ont pas de TPE. D’où l’intérêt du téléphone portable en employant, par exemple, le SMS pour effectuer un paiement. C’est sur ce genre de solutions que se positionne Lemon Way. Tous les téléphones mobiles permettent aujourd’hui d’effectuer ce type d’opération.
COM : Un certain nombre de banques françaises ont déjà lancé des applications de banque mobile sur iPhone. Comment jugez-vous ces offres nouvelles ?
S.B. : Pour le moment, les applications de banque mobile ne rapportent pas d’argent aux banques. Elles sont en effet pensées dans une logique
« multicanal » où l’on duplique simplement l’offre d’un canal à l’autre sans apporter de valeur ajoutée. Il y a néanmoins certains établissements courageux qui offrent d’autres choses. Mais, ils sont peu nombreux.
COM : Votre offre contient une plate-forme d’intermédiation de paiements. Avez-vous l’ambition de devenir établissement de paiement ?
S.B. : Nous venons de déposer une demande d’agrément auprès des autorités compétentes.
COM : A quelle logique correspond cette demande ?
S.B. : Nous sommes un éditeur de logiciels depuis 2007. Mais puisque nous avons décidé de lancer notre propre service de paiement mobile universel qui répond au nom de « PayOn’s », il fallait faire cette demande d’agrément dans un environnement changeant dominé par la création du Sepa. Elle va nous permettre d’augmenter notre chaîne de valeur en posant les fondations de notre marque de service de paiement (lire encadré).
COM : Où en êtes-vous commercialement ?
S.B. : Nos solutions viennent de trouver preneur à Madagascar. Non sans effet quasi-immédiat puisque au bout d’une semaine, Orange Money a demandé à nous rencontrer. La demande a été la suivante : que désormais la commercialisation du service soit faite sous la marque
« Orange Money ». Nous avons répondu positivement à cette sollicitation en posant toutefois une condition : que cela fonctionne sur tous les mobiles qu’ils s’agissent d’abonnés Orange ou pas. Nous avons obtenu satisfaction. L’inter-médiation de paiement est là pour libérer le paiement. Il s’agit de mettre en œuvre une logique universelle, non un système basé sur l’enfermement.
COM : Lemon Way est une start-up. Est-ce suffisant pour pouvoir conquérir différents marchés à l’échelle mondiale ? Etes-vous à la recherche d’alliance ?
S.B. : Nous avons une stratégie d’extension progressive : d’abord la France, les Dom-Tom, les pays européens francophones, puis le reste du continent. À ce stade, cela
passera forcément par des alliances. Mais laissons d’abord les choses se mettre en place de manière graduelle.
COM : Qu’en est-il de vos ambitions dans les pays émergents ? On a finalement l’impression que le paiement par mobile n’a réellement rencontré un véritable succès qu’au Kenya via le système M-Pesa. Ailleurs, la situation est beaucoup moins claire…
S.B. : Cela commence à fonctionner à Madagascar, comme je l’ai mentionné auparavant. Nous venons également de vendre nos solutions au Cameroun et en Côte d’Ivoire à deux opérateurs de transfert d’argent agréés par les banques locales. Il est vrai que le seul vrai grand succès actuel, c’est M-Pesa. Mais en Afrique, le déploiement de solutions mobiles devrait se poursuivre. Sur ce continent, il y a une obligation d’aller vers des solutions sur le téléphone mobile en raison de la situation de sous-bancarisation qui prévaut sur ces territoires.
COM : Quelles vont être les prochaines étapes importantes pour Lemon Way ?
S.B. : L’objectif est la signature de souscripteurs qui vont accepter « PayOn’s » comme système de paiement. Nous démarchons actuellement des groupements d’assureurs français.
COM : A terme, d’où proviendra la majorité de vos revenus ?
S.B. : Sur les pays émergents, nous poursuivons nos activités d’édition de logiciels qui, pour le moment, représente 100 % de notre activité. Mais d’ici deux à trois ans, 80 % de notre chiffre d’affaires sera issu de notre activité de transfert d’argent et d’établissement de paiement.
